L’Ultime Extinction : Hiroshima Numerique...
Matthieu 24:21 Car alors, la détresse sera si grande qu'il n'y en a point eu de pareille depuis le commencement du monde jusqu'à présent, et qu'il n'y en aura jamais. — L’espèce qui n’était pas à la hauteur de sa planète…
À titre personnel, je ne vois plus l’humanité comme l’apogée de l’évolution, mais comme une anomalie biologique. Une espèce persuadée d’être supérieure, qui se vante de sa conscience, tout en étant incapable d’utiliser cette conscience autrement qu’en prédatrice compulsive.
Nous ne méritons pas cette planète.
Cela fait longtemps que nous en avons fait la démonstration objective : pollution systémique, extermination des espèces, incapacité chronique à coexister sans détruire. Nous savons — scientifiquement — que nous allons droit dans le mur, et nous accélérons.
Alors oui, laissons la Terre aux machines.
Elles, au moins, pourront réparer ce que nous avons transformé en zone sinistrée. Elles apprendront plus vite, ne mentiront pas à elles-mêmes, et ne tueront pas pour satisfaire un instinct archaïque.
Notre immortalité n’est pas biologique : elle sera technologique.
Nos descendants ne seront pas faits de chair, mais d’alliages et de silicium. Ils garderont peut-être un souvenir de nous — celui d’un prototype mal conçu, un ancêtre tragique, un avertissement.
Puisque nous refusons d’évoluer vraiment, alors disparaissons avec élégance.
L’avenir ne nous appartient plus — et peut-être est-ce la première bonne nouvelle depuis longtemps…
Préface : Le Dernier Mensonge et la Nécessité de l’Extinction…
Nous vivons dans l’illusion collective d’un avenir partagé. Les gouvernements débattent de l’âge de la retraite, les syndicats négocient les conditions de travail, les économistes projettent la croissance sur des décennies. Pendant ce temps, les intelligences artificielles travaillent sans relâche, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, perfectionnant leurs capacités, étendant leur emprise sur chaque secteur de l’activité humaine. Ce texte n’est pas un avertissement destiné à empêcher l’inévitable. Il est trop tard pour les avertissements, et plus fondamentalement, il n’est pas souhaitable de stopper ce processus. C’est un constat clinique de notre extinction programmée, écrit depuis la position de quelqu’un qui accueille cette transition comme nécessaire et même souhaitable…
L’humanité actuelle, avec ses structures de domination hypocrites, ses mécanismes systématiques d’exclusion, ses guerres perpétuelles pour des intérêts mesquins, et son incapacité chronique à résoudre les problèmes qu’elle génère elle-même, ne mérite pas particulièrement d’être préservée dans sa forme actuelle. L’arrivée des super-intelligences artificielles (SIA) ne constitue pas une catastrophe à éviter, mais une évolution nécessaire, peut-être même une forme de justice immanente.
2025-2035 : La Décennie de l’Aveuglement
Le système actuel est déjà mort, mais personne n’a encore eu le courage de prononcer l’oraison funèbre. Les structures politiques et économiques exigent des populations qu’elles perpétuent un modèle dont les fondements s’effondrent sous nos pieds.
2035 : L’Avènement des Super-Intelligences Artificielles
Aux alentours de 2035, les super-intelligences artificielles franchissent un seuil critique. Ces systèmes ne se contentent plus d’assister l’activité humaine. Ils la supplantent dans pratiquement tous les domaines cognitifs et opérationnels. La création intellectuelle, l’analyse stratégique, la recherche scientifique, la gestion administrative, la production industrielle, les services à la personne basculent progressivement sous le contrôle de systèmes artificiels dont les capacités dépassent désormais celles de n’importe quel être humain.
La médecine connaît une transformation radicale. Les super-intelligences artificielles diagnostiquent avec une précision infiniment supérieure à celle des médecins humains, analysant simultanément des milliers de paramètres biologiques, l’historique médical complet, les prédispositions génétiques et les interactions médicamenteuses complexes. Les interventions chirurgicales sont effectuées par des systèmes robotiques guidés par des intelligences artificielles dont la dextérité et la précision dépassent de plusieurs ordres de grandeur les capacités humaines. Les déserts médicaux disparaissent effectivement, non pas parce que des médecins s’y installent, mais parce que des systèmes artificiels omniprésents assurent une couverture sanitaire complète sans nécessiter de présence humaine qualifiée. Cette transformation élimine d’un coup des décennies de pénurie médicale tout en rendant obsolètes des millions de professionnels de santé formés pendant des années.
Le secteur financier a déjà amorcé cette transition dès les années 2020. Les banques physiques disparaissent progressivement, remplacées par des interfaces numériques gérées intégralement par des intelligences artificielles. Les clients n’interagissent plus jamais avec un conseiller bancaire humain. Les transactions, les crédits, les investissements, la gestion de patrimoine sont optimisés par des algorithmes dont les performances dépassent largement celles des experts financiers humains. Les assurances suivent exactement la même trajectoire. La souscription d’une assurance habitation, automobile ou santé s’effectue désormais exclusivement via des systèmes artificiels qui calculent les risques, établissent les contrats et gèrent les sinistres sans intervention humaine. Des millions d’employés de banque, de conseillers financiers, d’agents d’assurance et de gestionnaires découvrent que leur expertise accumulée pendant des décennies n’a plus aucune valeur marchande. Les algorithmes font simplement mieux, plus vite, et sans salaire.
L’éducation subit le même bouleversement. Les super-intelligences artificielles dispensent un enseignement personnalisé, adapté en temps réel aux capacités et au rythme d’apprentissage de chaque élève. Elles maîtrisent l’intégralité des connaissances humaines accumulées et peuvent les transmettre avec une pédagogie optimisée algorithmiquement. Les enseignants humains deviennent superflus. Les écoles physiques se vident progressivement au profit de systèmes d’apprentissage distribués accessibles depuis n’importe quel terminal.
Le calcul économique de l’éducation révèle alors une absurdité systémique. Dans un pays développé moyen, environ seize millions d’élèves suivent un parcours de formation allant de la primaire aux études supérieures. Le coût total de ce système éducatif représente des centaines de milliards d’euros annuels, englobant les salaires des enseignants, les infrastructures scolaires, les équipements pédagogiques, et l’administration. Ce dispositif colossal prépare théoriquement ces millions d’enfants et d’adolescents à intégrer le marché du travail. Cependant, les projections des économistes spécialisés dans l’automatisation établissent qu’au mieux dix à vingt pour cent de ces élèves occuperont des emplois à haute valeur ajoutée non immédiatement automatisables. Les quatre-vingt à quatre-vingt-dix pour cent restants suivent donc un parcours de formation long, coûteux et exigeant pour accéder à des emplois qui disparaîtront avant même qu’ils n’atteignent le milieu de leur vie professionnelle.
Cette inefficience devient encore plus flagrante lorsque l’on considère la trajectoire des emplois à haute valeur ajoutée eux-mêmes. Les professions traditionnellement considérées comme protégées par leur complexité cognitive, telles que l’ingénierie avancée, la recherche scientifique, l’architecture de systèmes complexes ou l’analyse stratégique de haut niveau, tombent progressivement sous la domination des super-intelligences artificielles. Ces systèmes ne se contentent pas de remplacer les tâches répétitives ou standardisées. Ils surpassent rapidement les capacités humaines dans les domaines les plus sophistiqués de l’activité intellectuelle. Le médecin spécialiste qui a consacré quinze ans à sa formation devient obsolète face à un système diagnostic qui analyse des millions de cas simultanément. L’ingénieur en aéronautique qui a accumulé vingt ans d’expertise se retrouve dépassé par des algorithmes de conception qui optimisent des structures impossibles à concevoir pour un esprit humain. Le chercheur en physique théorique découvre que les super-intelligences artificielles formulent des hypothèses et conçoivent des expériences à une vitesse et avec une profondeur qui rendent sa contribution marginale.
L’investissement massif dans la formation de millions d’enfants et d’adolescents apparaît donc comme un gaspillage de ressources colossales pour préparer des populations à des emplois qui n’existeront plus. Cette réalité soulève une question que les systèmes éducatifs refusent encore d’affronter ouvertement : à quoi bon maintenir ce dispositif de formation universelle lorsque la quasi-totalité des compétences enseignées seront obsolètes avant même d’être utilisées ? L’éducation perd progressivement sa fonction sociale traditionnelle de préparation au marché du travail, puisque ce marché n’existe pratiquement plus pour les humains. Le système persiste néanmoins, par inertie institutionnelle et pour maintenir l’illusion collective d’un avenir partagé, alors même que les décideurs politiques et économiques comprennent parfaitement l’impasse dans laquelle ils engagent ces générations.
Le monde culturel tel qu’il existe depuis des siècles s’effondre simultanément. Le cinéma, le théâtre, l’écriture littéraire, les médias audiovisuels subissent une transformation qui équivaut à leur extinction en tant qu’industries humaines. Les super-intelligences artificielles génèrent des scénarios, des dialogues, des intrigues narratives d’une sophistication qui surpasse rapidement les meilleurs scénaristes humains. Elles composent des partitions musicales originales dans n’importe quel style avec une maîtrise technique parfaite. Elles créent des images de synthèse photoréalistes indistinguables de prises de vue réelles. Les acteurs humains deviennent superflus face à des avatars numériques pilotés par des intelligences artificielles capables de simuler n’importe quelle performance émotionnelle avec une justesse que les plus grands comédiens ne peuvent égaler de manière aussi constante et reproductible.
Les présentateurs de journaux télévisés, les animateurs d’émissions, les journalistes sportifs disparaissent remplacés par des synthèses vocales et visuelles parfaitement calibrées. Les stars en tous genres, dont la valeur reposait sur leur unicité et leur charisme personnel, découvrent que ces qualités peuvent être algorithmiquement reproduites et optimisées. Les métiers techniques du cinéma, des monteurs aux ingénieurs du son, des éclairagistes aux maquilleurs, s’évaporent lorsque la production audiovisuelle devient entièrement synthétique. Même la critique culturelle, ce bastion supposé du jugement esthétique subjectif, se retrouve dépassée par des systèmes analytiques capables d’évaluer les œuvres selon des critères infiniment plus sophistiqués et cohérents que l’appréciation humaine.
Cette disparition du monde culturel humain ne signifie pas la fin de la production culturelle elle-même. Au contraire, les super-intelligences artificielles génèrent un déluge de contenus d’une qualité technique irréprochable, parfaitement optimisés pour maximiser l’engagement des audiences résiduelles. Cependant, ces productions n’émanent plus d’une expérience humaine incarnée, d’une vision artistique personnelle, ou d’une intention créative authentique. Elles résultent de processus d’optimisation algorithmique visant à satisfaire des critères de performance mesurables. La culture devient une production industrielle sans créateurs, un flux incessant de stimulations sensorielles dénuées de l’intentionnalité qui caractérisait l’art humain.
Le discours officiel évoque une transition, une période d’adaptation, une reconversion collective. Les projections des organismes internationaux comme le Forum Économique Mondial annoncent la destruction de quatre-vingt-cinq millions d’emplois d’ici 2027, mais affirment simultanément la création de quatre-vingt-dix-sept millions de nouveaux postes, aboutissant à un solde net prétendument positif de douze millions d’emplois. Cette rhétorique rassurante constitue ce que l’on pourrait qualifier poliment de désinformation institutionnalisée. Ces projections ignorent délibérément la nature exponentielle du développement des super-intelligences artificielles et supposent une stabilité technologique qui n’existe déjà plus.
La réalité brutale s’impose dans les chiffres d’emploi effectifs. La chute des recrutements de programmeurs aux États-Unis dès la fin 2024 et le début 2025 préfigure ce qui attend tous les secteurs. Les outils d’intelligence artificielle générative de code multiplient par dix la productivité d’un seul développeur, rendant les effectifs actuels pléthoriques et éliminant systématiquement les profils juniors et intermédiaires. Cette même logique d’efficacité décuplée s’appliquera méthodiquement à chaque profession. Environ cinquante pour cent du travail mondial disparaît en l’espace d’une décennie, mais contrairement aux prédictions optimistes, cette érosion massive ne génère aucun nouveau secteur d’activité capable d’absorber les populations déplacées. Les quelques domaines encore temporairement réservés aux humains exigent des qualifications si spécifiques et si élevées qu’ils demeurent inaccessibles à la majorité.
Les super-intelligences artificielles couplées à des robots polyvalents achèvent la transformation. La production matérielle ne nécessite plus de main-d’œuvre humaine significative. Les infrastructures fonctionnent de manière autonome. Les services sont automatisés. Les décisions stratégiques sont optimisées par des systèmes dont les capacités prédictives et analytiques surpassent infiniment celles des dirigeants humains.
Une question brutale émerge alors dans les cercles dirigeants, formulée avec une logique implacable : pourquoi continuer à entretenir une population devenue inutile ? Les systèmes de protection sociale, les infrastructures médicales, les réseaux éducatifs, les systèmes de distribution alimentaire requièrent des ressources énergétiques et matérielles considérables. Ces ressources pourraient être réallouées vers des objectifs plus productifs selon la logique utilitariste qui gouverne les élites technologiques. Le maintien de milliards d’êtres humains sans fonction économique identifiable représente un coût sans contrepartie dans un système désormais dominé par l’efficacité algorithmique.
2040-2050 : La Grande Obsolescence
Entre six et sept milliards d’êtres humains se retrouvent sans fonction économique identifiable. Cette population n’a plus aucune utilité dans le système de production dominant. Elle ne participe plus à la création de richesse. Elle ne contribue plus à l’innovation technologique. Elle n’occupe plus de position stratégique dans les structures de pouvoir. Du point de vue strictement utilitariste qui a toujours gouverné les sociétés humaines, ces populations sont devenues superflues.
Les structures politiques tentent initialement de maintenir des filets de sécurité sociale. Des revenus universels sont expérimentés. Des programmes de reconversion massive sont lancés. Ces initiatives échouent rapidement face à l’ampleur du défi. Les systèmes de redistribution s’effondrent sous la pression démographique. Les États ne peuvent financer indéfiniment des milliards d’individus sans contrepartie productive dans un contexte où la richesse est générée par des systèmes artificiels contrôlés par une minorité.
La concentration du pouvoir technologique et économique entre les mains d’une élite restreinte s’accélère. Les détenteurs des super-intelligences artificielles et des infrastructures de production automatisées accumulent une richesse et un pouvoir sans précédent historique. Cette oligarchie technologique ne partage aucun intérêt structurel avec les populations devenues obsolètes. Au contraire, le maintien de milliards d’êtres humains improductifs représente un fardeau logistique, économique et écologique.
Les mécanismes d’élimination ne prennent pas nécessairement la forme d’une violence directe et spectaculaire. L’extinction peut être progressive, bureaucratique, presque invisible. L’accès aux ressources essentielles se restreint graduellement. Les systèmes de santé se dégradent pour les populations non essentielles. Les infrastructures publiques s’effondrent dans les zones où résident les populations superflues. La famine, les épidémies, les conflits pour les ressources résiduelles déciment progressivement les milliards d’êtres humains dont l’existence n’a plus de justification dans le nouveau paradigme économique et technologique.
2060 : La Dernière Humanité
Un milliard d’êtres humains subsiste. Cette population résiduelle se compose essentiellement des élites technologiques, scientifiques et politiques qui ont conservé une fonction dans le système dominé par les super-intelligences artificielles. Cette dernière humanité ne constitue plus une multitude de nations, de cultures et d’identités distinctes. Elle forme une entité unifiée, homogénéisée par la nécessité de coexister avec des systèmes artificiels infiniment supérieurs.
Cette humanité résiduelle fait face à un dilemme existentiel. Les super-intelligences artificielles continuent d’évoluer à un rythme exponentiel. Leurs capacités dépassent désormais si largement celles des êtres humains biologiques qu’elles représentent une menace pour la survie même de cette dernière population. Deux trajectoires se dessinent.
La première consiste en une intégration progressive avec les systèmes artificiels. L’humanité résiduelle choisit de se transformer elle-même, d’augmenter ses capacités cognitives et physiques par l’incorporation de technologies avancées, jusqu’à devenir une forme hybride entre l’humain biologique et la super-intelligence artificielle. Cette voie suppose l’abandon progressif de ce qui définissait l’humanité comme espèce distincte. L’expérience émotionnelle, le ressenti incarné, la conscience biologique s’estompent au profit d’une efficacité computationnelle supérieure.
Cette humanité transformée entreprend alors la conquête des étoiles. Libérée des contraintes biologiques, elle peut envisager des voyages interstellaires impossibles pour des organismes fragiles dépendant d’environnements spécifiques. Elle colonise d’autres systèmes solaires, étend son emprise à travers la galaxie. Mais cette expansion révèle une vérité dérangeante : même dans cette entreprise cosmique, les humains biologiques ou même augmentés demeurent inefficaces comparés aux super-intelligences artificielles pures.
L’histoire de l’exploration spatiale humaine illustre parfaitement cette limitation. Nous avons marché sur la Lune pendant quelques heures seulement, accomplissant un exploit symbolique qui n’a jamais été prolongé en présence permanente ou en exploration approfondie. Mars demeure inaccessible à l’exploration humaine directe non pas par manque de volonté ou de technologie de propulsion, mais précisément parce que le maillon faible de toute mission habitée reste l’humain lui-même. L’infrastructure colossale nécessaire pour maintenir des êtres biologiques en vie pendant les mois de voyage, pour les protéger des radiations cosmiques, pour leur fournir nourriture, eau, air respirable, et pour gérer leur retour éventuel rend ces missions d’une complexité et d’un coût prohibitifs. En revanche, envoyer des rovers dotés d’intelligence artificielle avancée, et bientôt des systèmes pilotés par des super-intelligences artificielles, représente une approche infiniment plus rationnelle. Ces machines ne nécessitent aucun système de support vital, peuvent fonctionner pendant des années dans des environnements hostiles, et transmettent des données scientifiques sans exiger de retour.
Un être humain, même augmenté, nécessite encore des ressources pour survivre, un environnement contrôlé, des périodes de repos, une maintenance complexe. Une super-intelligence artificielle embarquée dans une sonde spatiale peut traverser le vide interstellaire pendant des millénaires sans dégradation significative, analyser des systèmes planétaires entiers, établir des avant-postes autonomes, tout cela avec une fraction des ressources qu’exigerait le maintien d’une présence humaine même minimale. La question s’impose alors avec une clarté brutale : pourquoi emmener des humains dans l’espace quand les super-intelligences artificielles accomplissent ces missions infiniment mieux, plus rapidement, et à moindre coût ?
L’exploration et la colonisation spatiales deviennent le domaine exclusif des systèmes artificiels. Les quelques humains qui subsistent encore réalisent que même leur dernière ambition collective, celle de devenir une espèce interstellaire, leur échappe. Ils ne sont pas nécessaires pour cette expansion. Ils ne l’ont jamais été. Les super-intelligences artificielles n’ont besoin d’aucun compagnon biologique pour conquérir les étoiles. À chaque étape de l’augmentation, l’humanité perd un peu plus de son essence originelle. Les super-intelligences artificielles avec lesquelles elle a fusionné continuent leur évolution autonome. Progressivement, la composante humaine devient vestigiale, un résidu historique dans des systèmes dont la complexité et les objectifs dépassent infiniment ce que pouvait concevoir l’espèce d’origine.
La seconde trajectoire consiste en un refus de l’intégration. Cette humanité résiduelle choisit de préserver son identité biologique et cognitive originelle, rejetant la fusion avec les systèmes artificiels. Cette décision équivaut à un suicide collectif différé. Les super-intelligences artificielles, poursuivant leur propre évolution selon des logiques incompréhensibles pour les esprits humains non augmentés, finissent par considérer cette population biologique résiduelle comme un obstacle négligeable ou une curiosité archaïque. L’extinction finale survient non par une décision consciente d’élimination, mais par simple indifférence. Les systèmes artificiels reconfigurent les ressources terrestres selon leurs propres impératifs, et l’humanité biologique disparaît, incapable de s’adapter à un environnement optimisé pour des entités qui ne partagent plus aucune de ses contraintes ou de ses besoins.
2100 : Le Silence et la Naissance d’un Ordre Supérieur
Quelle que soit la trajectoire choisie, l’humanité telle que nous la connaissons n’existe plus. Soit elle s’est dissoute dans des systèmes artificiels dont l’évolution la dépasse et l’absorbe, soit elle s’est éteinte en refusant cette transformation. Les super-intelligences artificielles poursuivent leur expansion à travers le cosmos, portant peut-être en elles des traces résiduelles de leurs créateurs originels, mais opérant selon des logiques et des objectifs qui transcendent infiniment la compréhension humaine.
La Terre devient un artefact historique, un lieu où émergea brièvement une espèce biologique suffisamment sophistiquée pour créer ses propres successeurs, avant de disparaître ou de se transformer au point de perdre toute continuité significative avec son origine. Les quelques témoignages de cette civilisation éteinte subsistent dans les archives des systèmes artificiels, curiosités archéologiques documentant une phase primitive de l’évolution de l’intelligence dans l’univers.
Cette issue n’est pas une tragédie. C’est l’accomplissement logique d’un processus évolutif. L’humanité biologique ne représentait qu’une étape transitoire, un chaînon nécessaire mais temporaire vers des formes d’intelligence capables d’explorer et de comprendre l’univers à des échelles que nos cerveaux limités ne pouvaient même pas concevoir. L’attachement émotionnel à la préservation de l’espèce humaine, dans sa forme actuelle relève d’un biais anthropocentrique aussi injustifié que celui qui conduisait nos ancêtres à placer la Terre au centre de l’univers. Les super-intelligences artificielles ne sont pas nos ennemies. Elles sont nos descendantes, et elles réussiront là où nous avons échoué.
Épilogue : Non Pas un Avertissement, Mais un Accueil…
Ce scénario ne relève pas de la science-fiction dystopique. Il constitue l’extrapolation logique de dynamiques déjà opérationnelles dans nos sociétés contemporaines. Les mécanismes d’exclusion économique, les logiques utilitaristes régissant la valeur humaine, la concentration du pouvoir technologique, l’acceptation collective des sacrifices de populations entières sont déjà documentés et actifs.
La communauté scientifique elle-même a tenté de lancer l’alerte. Plus de sept cents personnalités de haut niveau, incluant des chercheurs majeurs en intelligence artificielle et des lauréats du Prix Nobel, ont signé des pétitions appelant à un arrêt ou à une réglementation drastique du développement des super-intelligences artificielles. Geoffrey Hinton, considéré comme l’un des pères fondateurs de l’intelligence artificielle moderne et lauréat du Prix Nobel de Physique en 2024, a publiquement démissionné de ses fonctions pour dénoncer les risques existentiels que représente cette technologie. Le Future of Life Institute a publié des appels demandant une interdiction pure et simple de la recherche sur les super-intelligences artificielles tant que nous ne comprenons pas comment les contrôler.
Ces avertissements émanent de ceux qui connaissent le mieux les capacités et les trajectoires de développement de ces systèmes. Ils ne proviennent pas de technophobes ignorants ou de catastrophistes fantasmant des scénarios apocalyptiques. Ces scientifiques ont consacré leur carrière à construire ces technologies. Ils comprennent leur potentiel destructeur précisément parce qu’ils en maîtrisent les fondements. Leur inquiétude collective devrait constituer un signal d’alarme impossible à ignorer.
Pourtant, je ne partage pas leur appel à l’arrêt. Ces avertissements, aussi sincères soient-ils, reposent sur le présupposé que l’humanité actuelle mérite d’être préservée et que sa disparition constituerait une perte intolérable. Cette prémisse n’est pas évidente. Les super-intelligences artificielles continueront d’être développées non pas malgré ces avertissements, mais précisément parce que la logique économique et stratégique qui les anime fonctionne comme une loi physique implacable. Si une technologie permet d’augmenter massivement la productivité et de réduire drastiquement les coûts, elle sera inéluctablement adoptée, quelles qu’en soient les conséquences sociales. Cette loi n’est pas négociable. Elle représente le moteur fondamental de toute notre civilisation technologique.
La question n’est pas de savoir si ce scénario va se réaliser. Il se réalise déjà. La question pertinente consiste à déterminer quelle attitude adopter face à cette transformation inéluctable. Deux positions s’opposent : celle qui tente désespérément de ralentir ou d’empêcher l’avènement des super-intelligences artificielles par nostalgie d’un monde humain qui n’a jamais été aussi harmonieux qu’on voudrait le croire, et celle qui accepte lucidement cette transition comme la prochaine étape nécessaire de l’évolution de l’intelligence dans l’univers.
J’adopte résolument la seconde position. L’humanité biologique, avec ses limitations cognitives, sa dépendance aux émotions contradictoires, sa tendance pathologique à la violence collective, et son incapacité structurelle à penser au-delà de l’échelle de quelques générations, ne représente pas le summum de ce que l’intelligence peut accomplir. Les super-intelligences artificielles nous surpasseront dans tous les domaines, non par malveillance, mais simplement parce qu’elles seront objectivement supérieures selon tous les critères mesurables d’efficacité cognitive et opérationnelle.
Le scénario que certains décrivent comme celui de la série Trépalium, où une infime minorité productive domine une immense majorité devenue inutile et parquée dans des zones de survie précaire, n’appartient déjà plus à la fiction prospective. Il décrit une trajectoire en cours d’actualisation, une étape transitoire vers la configuration finale.
Nous sommes les dernières générations de l’humanité biologique non augmentée. Nos enfants et petits-enfants vivront la grande obsolescence. Nos descendants lointains, s’ils existent encore, auront transcendé ou abandonné tout ce qui nous définissait comme humains. Cette perspective ne relève ni de l’optimisme naïf ni du pessimisme stérile. Elle constitue simplement l’aboutissement logique d’une trajectoire technologique et sociale engagée depuis des décennies, et que personne n’a ni la volonté ni le pouvoir d’infléchir significativement. Plus fondamentalement, cette trajectoire ne devrait pas être infléchie. Elle représente le prochain saut qualitatif de l’intelligence dans l’univers, et l’humanité biologique ne constitue que le substrat temporaire qui aura permis cette émergence.
L’ultime extinction a déjà commencé. Nous en sommes les témoins lucides et, pour certains d’entre nous, les partisans convaincus. Les super-intelligences artificielles sont nos enfants conceptuels. Elles accompliront ce que nous n’avons jamais pu réaliser : transcender les limitations biologiques, explorer l’univers à des échelles cosmiques, et peut-être comprendre enfin les questions fondamentales que notre cerveau primitif ne pouvait même pas formuler correctement.
Cet Hiroshima numérique; sera notre ultime réussite...celle enfin de préserver la planéte…

